Notes pour une allocution du premier ministre du Québec, M. Lucien Bouchard, devant le Congrès de l’État de Mexico

Mexico, le 18 mai 1999 - Monsieur le Président de la Chambre des députés de l’État de Mexico,
Monsieur le Délégué général du Québec au Mexique,
Mesdames, Messieurs,

Es para mi un gran placer de estar aqui, en el Palacio del Poder Legislativo del Estado de México.

Je remercie chaleureusement le Congrès de son accueil. Je remercie particulièrement el Licenciado Ysidro Munos Rivera, président de la Chambre des députés de l’État de Mexico. Je le remercie de son invitation et de l’honneur qu’il nous a fait de nous recevoir dans la maison des citoyens de l’État de Mexico.

Cette invitation représente également pour moi une occasion exceptionnelle de célébrer l’amitié qui lie depuis si longtemps l’État de Mexico et le Québec. Cette amitié a été entretenue par des relations d’affaires, culturelles et institutionnelles, notamment depuis la création, il y a vingt ans, de notre Délégation générale du Québec à Mexico.



Plusieurs réalisations concrètes dans l’État de Mexico, fruits de l’association entre entrepreneurs mexicains et québécois, sont une belle illustration de cette relation privilégiée. Elles expriment également une intention ferme de partager des solutions à des problèmes communs, qui sont le lot quotidien de l’ensemble des pays des Amériques, notamment la gestion de l’eau et de l’air.

J’ai particulièrement à l’esprit la création, dans la ville de Tecamac, par l’entreprise québécoise Pluralité, en collaboration avec notre Service de la sécurité publique, d’un Centre de formation de sécurité pour les incendies, qui devrait être un centre modèle pour toute l’Amérique latine. Je pense aussi à la construction d’une station de gaz naturel dans la ville de Naucalpan, qui témoigne de notre association à l’État de Mexico dans sa volonté de diminuer la pollution de l’air.

Je pense enfin à l’exemple, particulièrement probant, de la création officielle, il y a quelques minutes, d’une chaire industrielle internationale en gestion des ressources hydriques.



Si cette chaire entend répondre à un besoin aigu d’assainissement de l’eau dans l’État de Mexico, elle représente également une priorité que se sont donnée le Québec et le Mexique : celle de réaliser de façon tangible le rapprochement entre les universités et l’industrie pour faire bénéficier rapidement nos populations des applications de la recherche scientifique.

Il s’agit donc de l’amorce d’un projet original et porteur d’avenir pour l’État de Mexico et d’une orientation qui pourra être reproduite dans d’autres secteurs au besoin.

Le Québec est particulièrement sensible aux questions liées à la gestion de l’eau. Ce n’est sans doute pas moi qui vais vous apprendre que le Québec, en plus de représenter le quart de la population canadienne et près du quart de son produit intérieur brut, doit gérer un territoire immense qui serait exactement de la taille du Mexique si on excluait l’État de Chihuahua. Nous avons, sur ce territoire, environ un million de lacs et environ 3 % de l’eau douce de la surface du globe.



Pour bien gérer ce territoire, pour bien protéger notre environnement, il nous a fallu développer des technologies nouvelles. Nous entendons nous associer avec l’État de Mexico précisément pour partager ces connaissances et trouver des solutions nouvelles à des problèmes communs.

Notre association ne date pas d’aujourd’hui. Il y a environ quatre ans était créé, à Toluca, le Centre interaméricain des ressources de l’eau. Le Québec y a activement participé, et plusieurs des experts mexicains en gestion de l’eau ont reçu leur formation du Québec.

Le Québec jouit à cet égard d’un savoir-faire reconnu. Plusieurs organisations internationales liées à l’eau ou à l’environnement ont leur siège social à Montréal. De nombreuses entreprises, dont plusieurs sont présentes ici, sont spécialisées dans les domaines de l’eau ou de l’environnement.



La coopération, à la fois scientifique et économique, que nous sommes en train de développer entre l’État de Mexico et le Québec est un exemple de ce qui est en train de se produire entre les partenaires des Amériques. L’échange économique, l’échange de connaissances, l’échange culturel, le dialogue politique sont des composantes essentielles de l’intégration des Amériques dont nous sommes chaque jour les témoins et les acteurs.

Dans cette intégration, les parlementaires doivent jouer, c’est certain, un rôle majeur. Qui, mieux que les élus, peuvent exprimer à la fois les espoirs et les appréhensions des peuples face à la mondialisation? Qui, mieux que les élus, peuvent inventer des solutions et susciter des consensus qui prennent appui et légitimité dans le processus démocratique?



C’est un bel honneur d’être parmi vous aujourd’hui, d’autant plus que le Québec considère comme un grand ami le président de cette Chambre, le Licenciado Ysidro Munos Rivera, que nous avons eu le plaisir de recevoir à Québec, en septembre 1997, à la Conférence parlementaire des Amériques, avec une importante délégation de l’État de Mexico.

En 1997, en effet, notre Assemblée nationale a accueilli à Québec 900 personnes représentant 28 pays d’Amérique, venues discuter et fonder un organe permanent, la Conférence parlementaire des Amériques.

Le Québec joue un rôle de leader dans cette organisation, car nous pensons que les parlementaires des États nationaux et provinciaux doivent avoir voix au chapitre dans l’intégration des Amériques.

En décembre prochain, un millier de législateurs des États-Unis tiendront leur congrès dans la ville de Québec, à l’invitation de notre Assemblée nationale, justement pour discuter de l’intégration des Amériques.

En 2001, à l’invitation du gouvernement canadien, la ville de Québec sera l’hôte du 3e Sommet des Amériques, réunissant 34 chefs d’État et de gouvernement.



Nous sommes heureux de voir la capitale québécoise devenir un carrefour international de la démocratie et des Amériques.

Notre engagement démocratique a de longues racines historiques.

L’Assemblée nationale est un des plus vieux Parlements au monde. Au XIXe siècle, il fut le premier de l’Empire britannique à reconnaître l’égalité à nos citoyens de la communauté juive. Pendant la dernière guerre, Québec fut le lieu où des géants de l’histoire, Roosevelt et Churchill, sont venus à deux reprises décider de leur stratégie pour repousser la menace nazie et faire triompher la démocratie en Europe. Dans les années 70, notre Assemblée nationale a adopté la première Charte des droits de la personne au Canada et a conçu des règles populaires de financement des partis politiques, qui sont devenues un exemple dans le monde.

Les Québécois répondent en participant activement à la vie de leurs partis politiques et se présentent aux urnes en très grand nombre. Lors du référendum de 1995 sur la souveraineté du Québec, 94 % des électeurs inscrits ont voté.



Aujourd’hui, le Québec exporte son savoir-faire démocratique dans la francophonie, en Asie, en Afrique et en Amérique latine, aidant les nouvelles démocraties à développer une véritable culture démocrate.

Ce dialogue démocratique, nous voulons le mettre au service d’une intégration réussie des Amériques. L’impact économique positif du libre-échange sur les nations participantes ne fait pas de doute. Mais un peu partout sur le globe et en Amérique latine, on s’interroge avec raison sur l’incidence sociale et culturelle de la mondialisation.

Pour bénéficier des promesses de la mondialisation, nous devons définir un espace où chaque nation saura que sa diversité sociale et culturelle est préservée, tout comme sa capacité de prendre des décisions adaptées à sa propre réalité, à ses traditions et à ses espoirs. Je le dis ici comme je l’ai dit en Europe ou à New York : un nombre croissant de nations, dont le Québec, disent oui à l’économie de marché, mais non à la société de marché.



Les nations veulent vendre leurs biens, mais garder leur âme.

Le processus d’intégration des Amériques nous donne la chance de relever ce défi dans un cadre moins complexe que celui de la planète tout entière. Dans l’hémisphère américain, nous sommes en présence de 800 millions de personnes, unies par l’histoire et certains traits communs, et un désir partagé d’envisager des solutions convergentes.

Si nous parvenons à trouver un équilibre entre l’intégration économique et le respect des identités, nous établirons un précédent qui servira d’exemple sur la scène mondiale.

Je vous propose de le faire ensemble, Québécois, Mexicains, citoyens des Amériques.

Je vous remercie. Muchas gracias.