Allocution du ministre des Relations internationales et de la Francophonie, M. Jean-François Lisée au Forum économique Québec-Sénégal

Dakar, le 9 septembre 2013, 8 h 45

Distingués invités,
chers amis,

Je vous remercie d’être parmi nous ce matin.

EN WOLLOF :
Naka suba si? (Bon matin. Comment allez-vous?)

Je suis heureux et fier de me retrouver parmi vous aujourd’hui, à la tête de la plus importante délégation multisectorielle jamais organisée en Afrique par le Québec. Et je suis très heureux d’être celui qui a décidé de tester quelle allait être l’ampleur de la soif d’Afrique chez les Québécois et d’avoir eu cette réponse. Et je vous remercie d’avoir répondu en si grand nombre et à démontrer à tous ici au Sénégal, en Afrique de l’Ouest, mais aussi au Québec, que l’heure des relations Québec-Afrique francophone est arrivée et qu’il faut passer à la vitesse supérieure.

Dakar, l’Afrique

Nous avons choisi Dakar comme porte d’entrée, puisque c’est la porte d’entrée de la présence Québécoise en Afrique, la porte d’entrée de la présence Québécoise en francophonie, grâce au grand Senghor qui a imaginé cette organisation, et c’est le lieu de l’avenir de notre relation. C’est aussi une ville phare de la Francophonie puisque c’est ici, à Dakar, que se tiendra le prochain Sommet des chefs d’États et de gouvernements de la Francophonie en 2014, et ce sera la deuxième fois que Dakar en sera l’hôte.

Ce sera l’occasion d’exprimer nos très sincères remerciements et notre grande appréciation à l’œuvre remarquable que le président Diouf a apporté à la direction de cette organisation. Il lui a apporté une crédibilité et un professionnalisme dont elle avait besoin, et qu’il a su, avec son bras droit, le Québécois Clément Duhaime, faire percoler dans l’ensemble de cette l’organisation qui est aujourd’hui à la hauteur de nos ambitions et de nos exigences.

Pour emprunter les mots du premier président du Sénégal et grand poète Léopold Sédar Senghor dans Le Lion rouge, l'hymne national du Sénégal, les Sénégalais et les Québécois ont ceci en commun qu’ils aspirent à être « un peuple tourné vers tous les vents du monde. »

Il était donc normal de donner, ici, le coup d’envoi de la première mission économique d’importance du Québec en Afrique subsaharienne.

La délégation économique, institutionnelle et de la société civile qui m’accompagne représente autant de secteurs d’activités qui, nous le pensons, offrent une complémentarité aux entreprises et aux institutions du Sénégal et portent ainsi la promesse de belles occasions d’échanges et de bénéfices mutuels.

Vous savez, le Québec est une économie ouverte. Notre prospérité est fondée sur l’échange, la créativité et l’innovation, la convivialité.

Bien sûr, il n’a pas échappé aux grandes puissances, ni aux puissances émergentes, que de son côté, la région subsaharienne compte à ce jour cinq des 20 économies détenant la plus forte croissance économique au monde, avec un taux prévu de plus de 6% pour les années 2013-2014.

L’Afrique diversifie aujourd’hui ses partenaires en fonction de ses intérêts, et le Québec souhaite approfondir ses relations directes avec ses partenaires Africains. La diversité de notre délégation en est la preuve, la conjoncture économique favorable qui prévaut en Afrique crée de nombreuses occasions d’affaires qui correspondent aux capacités commerciales et industrielles du Québec.

Les entreprises qui nous accompagnent aujourd’hui sont de celles qui ont travaillé afin que, malgré une baisse globale de 17 % des exportations québécoises au cours des sept dernières années, le Québec a plus que doublé ses exportations de biens en Afrique durant cette période. Celles-ci se chiffrent maintenant à un milliard de dollars, cela sans compter les très importantes exportations de services.

L’économie du Québec

Longtemps reconnue pour l’abondance et la variété de ses ressources naturelles, l’économie du Québec compte dorénavant sur un vigoureux secteur de services, qui représente près de 70% du PIB, et un secteur de haute technologie qui croît sans cesse.

Sur l’échiquier international, la grande région de Montréal, la métropole du Québec, est considérée comme l’un des trois grands centres mondiaux de l’aérospatiale. De fait, l’industrie québécoise de l’aéronautique regroupe près de 110 entreprises spécialisées dans la fabrication d’avions, d’hélicoptères, de moteurs, de pièces et de simulateurs de vol. À toutes les 3 secondes, un avion Québécois décolle ou atterri.

Le Québec figure parmi les dix pôles industriels nord-américains les plus importants des sciences de la vie. Ainsi, plus du tiers de la production de produits pharmaceutiques et de médicaments au Canada est effectuée au Québec.

Le Québec est un pôle nord-américain des technologies de l’information et des communications, notamment dans la microélectronique, dont le secteur de la fabrication représente plus de 145 000 emplois.

Le domaine des télécommunications est considéré comme le secteur le plus dynamique en R&D au Québec. À lui seul, il réalise près de 50% des exportations de l’ensemble de l’industrie des TIC et des télécommunications au Québec.

Les occasions d’affaires et d’échanges sont très grandes aussi du côté de la formation professionnelle et technique, l’industrialisation devant s’appuyer sur une main-d’œuvre qualifiée.

Et sur le plan énergétique, le Québec, qu’il s’agisse de production ou de transport d’énergie, possède ici aussi une expertise reconnue. Nous en saurons sans doute davantage sur la politique énergétique sénégalaise qui, m’a-t-on expliqué, privilégie l’intégration régionale et les énergies renouvelables.

Le Québec, tous partis politiques confondus, a fait une priorité de la lutte aux changements climatiques. Le gouvernement dont je fais partie a fondé son approche de lutte contre le réchauffement planétaire sur l’innovation. Nous entendons, en outre, inscrire les technologies propres au cœur de nos stratégies de développement.

Le Québec adhère aux plus hautes normes de protection de l’environnement et l’expertise québécoise des technologies vertes est reconnue sur le marché international.

Avec une immense capacité de production électrique propre et renouvelable, un réseau électrique robuste, un prix de l’électricité abordable, un savoir-faire et des centres de recherche dans les piles et les matériaux, les motorisations et l’assemblage, le Québec veut devenir un leader de l’électrification des transports, un projet auquel nous travaillons avec ardeur. D’ici quelques mois, la première ministre annoncera une stratégie industrielle robuste pour arriver rapidement à ce résultat.

Au Sénégal, je comprends que les zones rurales figurent parmi les priorités : l’électrification par l’énergie solaire photovoltaïque de villages isolés et l’intégration de cette énergie dans les bâtiments et édifices publics vont permettre de développer ce sous-secteur énergétique.

Le gouvernement sénégalais vise l’amélioration du fonctionnement de l’administration par les services en ligne, la mise en place d'infrastructures d’accès aux technologies de l’information et des télécommunications, la formation et la sensibilisation avec, à la clé, de nombreuses possibilités de collaborations.

La démographie ayant dynamisé la demande de logements et le gouvernement sénégalais soutenant la construction d’habitat social, il en résulte plusieurs plans d’action afin d’accroitre l’offre de logements. Et la forte urbanisation exige des projets d’envergure. J’ai d’ailleurs eu le plaisir de visiter hier le projet de l’Union régionale des coopératives de construction et d’habitat de Thiès, un projet à la pointe de l’innovation urbaine qui m’a beaucoup impressionné par son caractère novateur, intégré, écologique, avec une participation québécoise.

D’autre part, le Sénégal intègre, dans sa stratégie de développement, la gestion des ressources naturelles et la protection de l’environnement.

Le gouvernement entend s’appuyer sur l’investissement privé pour améliorer la qualité de l’air et de l’eau. Le traitement des eaux usées dans les zones rurales et urbaines, l’entretien et l’extension des réseaux d’égouts sont au nombre des priorités. Il s’agit là de champs où les entreprises québécoises ont beaucoup à offrir et où elles ont développé une expertise exceptionnelle.

Enfin, qu’il s’agisse de pratiques parlementaires et législatives, de processus électoraux, d’administration de la justice, de politiques publiques, de médiation entre les citoyens et l’État, de formation des forces de l’ordre, de registres d’État civil, de protection des droits des citoyens ou d’engagement envers l’égalité des genres, le Québec souhaite continuer à mettre à la disposition son expérience en transfert d’expertise et pratiques de démocratie et de bonne gouvernance.

Le Sénégal est l’une des démocraties les plus stables en Afrique, n’a jamais subi de coup militaire, a eu des élections libres et des transitions de pouvoir répétées, possède une société civile et des médias forts, et une pléiade de partis politiques. J’aimerais souligner également que le Sénégal est l’un des rares pays au monde à avoir instauré la parité intégrale à l’assemblée nationale.

L’ambitieux programme de réformes que le gouvernement a entrepris pour renforcer sa gouvernance ne fera que renforcer ce statut, et contribuera sans doute à attirer de plus en plus d’investissements étrangers.

Le Québec, en somme, a une expertise de nature à intéresser le Sénégal.

Cette collaboration est d’autant plus facile qu’il existe déjà des liens. Le Québec peut tabler sur sa longue tradition de présence de ses entreprises, institutions, consultants, coopérants, universités, institutions financières.

Le fait qu’avec l’aide du mouvement Desjardins, votre mouvement de coopératives financières soit devenu en quelques années le deuxième réseau financier au Sénégal, est un témoignage du caractère fructueux de notre collaboration.

Un autre important trait d’union entre le Sénégal et le Québec est l’immigration. Plus de 5 000 Sénégalais vivent aujourd’hui chez nous et contribuent à l’enrichissement et la diversité culturelle du Québec. Je pense par exemple à l’humoriste Boucar Diouf, si bien intégré qu’il a été porte-parole de la fête nationale du Québec il y a quelques années. Je vois d’ailleurs parmi nous certaines de ces personnes, qui sont de précieux ponts entre le Québec et leurs pays d’origine.

Les liens du Québec avec le Sénégal sont également très forts au sein de la Francophonie, dont nous avons été deux pionniers.

D’ailleurs, la création à Niamey de l’Agence de coopération culturelle et technique, sous l’impulsion notamment de Senghor, jette les bases de la Francophonie institutionnelle.

Membre de plein droit, le Québec a alors vu pour la première fois, avec l’appui des pays d’Afrique francophone et de la France, sa place reconnue sur la scène internationale.

Nous sommes à préparer le XVe Sommet de la Francophonie, qui se tiendra, comme je l’ai mentionné précédemment, ici, à Dakar, l’an prochain et qui traitera notamment du statut international de la langue française, un thème sur lequel le Sénégal est un allié. L’émergence de la Francophonie économique sera également au menu de ce Sommet, avec l’adoption souhaitée d’une première stratégie économique, susceptible de favoriser le développement économique durable et solidaire de l’espace francophone. Une stratégie que je souhaite pragmatique et axée sur des résultats mesurables.

Nous espérons aussi que ce sommet et c’est le vœu des Sénégalais, que ce sommet soit un moment de discussion sur le droit des femmes, le développement des femmes, et sur le fait que la francophonie doit constituer un rempart pour les femmes des pays francophones dont les droits sont en danger de régression. La francophonie doit être au rendez-vous et protéger les droits de ces femmes et faire en sorte que leurs droits soient en extension.

Rappelons aussi que l'Afrique francophone constitue un espace de solidarité prioritaire pour le Québec.

Le Sénégal est également l'un des pays où le Québec est le plus actif en matière de solidarité. Depuis la création de ses programmes de solidarité internationale en 1995, le Québec a appuyé la réalisation de 20 projets au Sénégal par l’entremise du Programme québécois de développement international (PQDI), dans des domaines tels que l’agriculture et l’organisation communautaire.

Par ailleurs, plus de 500 Québécoises et Québécois ont fait un stage de solidarité internationale avec le programme Québec sans frontières au Sénégal et 32 jeunes Sénégalais actifs au sein d’organismes partenaires du Sud ont fait un stage d’apprentissage de deux à trois mois au Québec en lien avec leur formation ou leurs activités professionnelles. J’ai eu la chance d’en rencontrer quelques-uns hier, et leurs témoignages m’ont beaucoup touché.

Pour plusieurs décideurs qui ont étudié dans nos établissements, dont, je l’ai appris hier, le maire de Thiès, qui a son MBA de l’UQAM, le Québec, c’est une Amérique des affaires et de la prospérité en français. Une idée de progrès, de démocratie, de développement durable. Un savoir-faire. Un secteur privé vigoureux.

Un État capable de gérer les conditions d’un développement ordonné et durable. Et un modèle alternatif, l’économie sociale et solidaire.

C’est ce Québec-là qui entend devenir un plus grand partenaire du Sénégal. Tous nos liens convergent aujourd’hui pour faciliter l’éclosion de collaborations multiples entre entreprises sénégalaises et québécoises sur fond de grand dynamisme économique.

On ne saurait trop insister sur l’importance pour les entreprises de faire preuve d’ouverture et de transparence, d’offrir un appui au développement local, de financer des projets impliquant les populations, de participer à l’aménagement des infrastructures pour les communautés.

J’insiste, l’image du Québec en Afrique doit être celle de l’intégrité, de la responsabilité sociale, et si des entreprises veulent faire des écarts, le gouvernement Québécois sera sans merci, comme le vôtre d’ailleurs, et je salue le travail que votre gouvernement et votre première ministre a fait contre les biens mal acquis et la corruption, c’est la bonne direction et c’est celle dans laquelle nous voulons nous insérer.

Le Québec valorise aussi une prospérité fondée sur la pérennité des ressources, l’égalité des personnes, le respect des droits du travail, dont le droit d’association, de la diversité des langues et des cultures.

Une prospérité qui profite à l’ensemble de la société, toutes générations confondues, actuelles et à venir.

C’est dans cet esprit que j’envisage notre mission multisectorielle de la semaine.

Je vous souhaite des échanges fructueux et le début de longues relations d’affaires mutuellement profitables.

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