Forum La Francophonie économique : perspectives et enjeux

Allocution de la ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Mme Christine St-Pierre.

Montréal, le 10 juin 2014

Monsieur le premier ministre du Burkina Faso, Monsieur l’administrateur de l’Organisation internationale de la Francophonie, Madame la ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération internationale, et envoyée spéciale du président de la République du Tchad, Monsieur le ministre de l’Économie et des Finances du Sénégal, Monsieur le gouverneur de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, Monsieur le vice-président pour l’Afrique centrale, de la Conférence permanente des chambres consulaires africaines et francophones, Madame la présidente-directrice générale de Développement international Desjardins, Mesdames, messieurs,

Je me félicite de l’initiative de l’Organisation internationale de la Francophonie d’organiser ce Forum, auquel le ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec est heureux de s’associer et qui aborde le thème porteur de la Francophonie économique.

En 2010, les pays membres et observateurs de l’OIF, répartis sur tous les continents, représentaient 14 % de la population mondiale, 14 % du revenu national brut mondial et 20 % des échanges de biens. Ils comptaient 700 millions d’habitants, dont 220 millions de locuteurs en français.

En 2050, cette population devrait atteindre 1,5 à 2 milliards de personnes, dont 700 millions de locuteurs de français.

Au Sommet de la Francophonie de Kinshasa, on le sait, les chefs d’État et de gouvernement se sont engagés à définir une Stratégie économique de la Francophonie, qui sera adoptée lors du XVe Sommet de la Francophonie à Dakar.

Depuis, le gouvernement du Québec participe activement aux travaux, où nous plaidons pour un cadre d’action structuré, une définition commune de la vision, des objectifs, des axes et des moyens d’intervention que se donnera la communauté francophone.

Le Québec privilégie une approche axée sur trois niveaux d’action : l’action de l’OIF dans les enceintes multilatérales; la mise en place de politiques par les États membres et la solidarité des acteurs économiques.

Nous souhaitons une francophonie économique axée vers un développement équitable et durable privilégiant la création d'emplois pour la jeunesse et les femmes. Dans ce contexte, il importe également de reconnaître le rôle que devront jouer à la fois les entreprises traditionnelles et les entreprises d’économie sociale.

Par cet engagement à l’égard d’un espace économique francophone, nous souhaitons hausser les échanges économiques, mais également promouvoir la responsabilité sociale et environnementale des entreprises.

Enfin, il importe que tous les acteurs francophones, tant les États et gouvernements membres, que les autres acteurs économiques, se mobilisent vers cet enjeu majeur.

Au sein de cet espace francophone, l'Afrique est un cas d’espèce. En 2050, quelque 85 % de ces francophones et 90 % des jeunes locuteurs âgés de 15 à 29 ans vivront en Afrique. Il s’agit par ailleurs d’un continent avec lequel le Québec cultive des relations depuis plus d’un demi-siècle.

Le Québec, en effet, s’est ouvert au monde au moment où, au début des années 1960, l’Afrique francophone s’ouvrait elle-même, dans le sillage de la décolonisation.

L’Afrique francophone est inscrite dans l’histoire de nos relations internationales, puisque c’est grâce notamment à l’appui de pays africains que le gouvernement du Québec s’est vu accorder un espace autonome au sein de ce qui est aujourd’hui l’Organisation internationale de la Francophonie.

Cette Francophonie multilatérale a permis de multiplier nos liens bilatéraux, comme le reflètent les 162 ententes que nous avons avec 24 organisations ou pays africains.

Si le Québec a une tradition centenaire de solidarité dans divers pays d’Afrique, nos entreprises, institutions, consultants, coopérants, universités, institutions financières et villes arpentent le continent depuis des décennies.

Tout comme le Québec est en Afrique, l’Afrique est ici. Plusieurs décideurs africains ont fréquenté nos établissements qui agissent comme autant d’ambassadeurs des secteurs d’excellence québécois en Afrique francophone.

Pour plusieurs d’entre eux, le Québec, c’est le commerce et la prospérité en français. Une idée de progrès, de démocratie, de développement durable. Un secteur privé vigoureux et un État capable de gérer les conditions d’un développement ordonné. Enfin, au besoin, un modèle alternatif, l’économie sociale et solidaire.

La carte Québec ouvre des portes et nous misons sur nos relations passées pour nous associer à l’Afrique de l’avenir.

Cette Afrique-là nous la voyons se développer rapidement. Elle conjugue jeunesse et soif de progrès. Et elle a les moyens économiques, démographiques, intellectuels de ses ambitions.

L’Afrique est au début d’un cycle que l’on a observé ailleurs, à d’autres époques, et où il y a beaucoup à bâtir. Les économies africaines connaissent la plus longue période d’expansion de leur histoire récente. Cette embellie s’appuie sur de meilleures politiques macroéconomiques, une plus grande stabilité politique, une meilleure santé démocratique. Ces avancées pourront également se poursuivre dans le futur, appuyées par une démographie forte qui permettra à l’Afrique de compter sur plus d’un 1,4 milliard de personnes en âge de travailler d’ici 2050.

L’Afrique s’urbanise. Qu’il s’agisse d’infrastructures de transport – routes, rail, ports, aéroports – de production et de transport d’énergie, de modernisation et d’intégration des télécommunications, d’assainissement des eaux et des déchets, les besoins à combler sont substantiels.

Les besoins sont considérables dans les technologies de l’information, l’architecture, les services juridiques, la supervision de projets, la gestion de la logistique, la maintenance, le génie-conseil, la formation. Il s’agit là de domaines où l’expertise québécoise est en demande.

De telles conditions constituent les assises d’un important développement économique. Et elles se reflètent aujourd’hui dans la hausse de nos échanges commerciaux : entre 2005 et 2012, les exportations québécoises de biens vers l’Afrique ont doublé pour atteindre plus d’un milliard de dollars.

Certes, les enjeux de santé, de sécurité alimentaire, d’éducation et d’inégalités existent toujours. Les pays africains doivent agir sur plusieurs fronts – économique, social, environnemental – et ils ont besoin de partenaires en mesure de jouer un rôle substantiel et polyvalent.

L’Afrique francophone n’échappe pas au grand jeu géopolitique et l’action du Québec s’inscrit dans un continent fréquenté. Mais l’évolution de plusieurs pays africains, tout comme les ambitions économiques de la Francophonie, amène le Québec à affirmer et à confirmer son intention d’approfondir, dans un cadre tant bilatéral que multilatéral, des relations politiques, institutionnelles, économiques mutuellement bénéfiques avec l’Afrique francophone.

Je salue les ambitions économiques de la Francophonie, qui ouvrent un nouveau pan de l’action de cette grande institution multilatérale et écrivent une nouvelle page de cet espace francophone, dont les perspectives, au-delà des défis conjoncturels, ne sont rien de moins que brillantes.

Je vous remercie.

Retour à la liste