Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM)

Définir et déployer ENSEMBLE l’action internationale du Québec

Allocution de la ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Mme Christine St-Pierre.

Montréal, le 10 octobre 2014

Je suis heureuse de profiter d’une telle tribune et de le faire maintenant, dans le contexte d’une rentrée ambitieuse.

Cette ambition, le premier ministre l’a énoncée dans le discours inaugural.

Il nous a rappelé que le Québec est riche.

Le Québec est riche de sa population. De ses ressources. De ses gens d’affaires. De ses chercheurs. De ses créateurs. De ses gens de métier. De sa vie intellectuelle.

Le Québec est riche, donc, mais il est confronté aux défis que partagent la plupart des sociétés d’Occident.

L’un d’eux relève de l’équité : nos jeunes doivent avoir accès aux mêmes possibilités que notre génération. Nous devons leur léguer une société qui leur permettra de faire leurs propres choix et non de rembourser les nôtres.

C’est pourquoi le gouvernement du Québec a fait du redressement des finances publiques et de la relance économique sa priorité. Notre plan est simple dans ses finalités et nous mobilise tous dans son exécution.

Il faut dégager cette marge de manœuvre essentielle aux besoins d’aujourd’hui et de demain.

Le volet économique de ce plan se décline en cinq axes : le Plan Nord, une Stratégie maritime, une intervention axée sur nos PME, l’exploitation durable de nos ressources et la lutte aux changements climatiques comme levier économique.

Tout cela, on s’en doute, ne sera pas réalisé en autarcie.

Le succès du Plan Nord dépendra de notre capacité d’attirer l’investissement; de développer des partenariats; d’exporter notre expertise; de recruter une main-d’œuvre qualifiée.

Il dépendra de notre aptitude à coopérer avec le reste du monde dans la protection de l’environnement, la biodiversité et le développement nordique durable; et à faire du Nord une destination touristique mondiale.

Nos échanges commerciaux sont inscrits au cœur de la Stratégie maritime. La progression de nos PME passe par l’exportation. L’exploitation de nos ressources nécessite des investissements étrangers. Notre commerce international représente plus du quart de notre PIB.

La lutte aux changements climatiques exige de multiples collaborations dépassant nos frontières.

D’ici 2020 – je vous signale que c’est demain – 1,4 million d’emplois seront à pourvoir au Québec. L’immigration devra en fournir jusqu’à 17 % selon les chiffres d’Emploi-Québec.

Sauf qu’il y a une forte demande mondiale pour le talent et la matière grise. Aussi, devons-nous déployer ce qu’il faut de moyens pour attirer et convaincre. Nous devons, en somme, nous mettre en mode « Grande Séduction ».

Comme ancienne ministre de la Culture, vous comprendrez que je suis particulièrement fière de la manière dont le Québec tire son épingle du jeu sur ce plan. Mais nous devons mieux positionner nos artistes et créateurs. Les grands noms du Québec, de Robert Lepage à Moment Factory, ont ouvert les portes des plus belles scènes du monde à notre relève. Le monde est leur scène. Il faut également miser sur le talent qui émerge.

De plus, dans le cadre des travaux de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, le Québec a posé des gestes concrets pour s’assurer que la question de l’influence des technologies numériques figurerait à l’agenda des organes directeurs de la Convention au cours des prochaines années.

Le bilan de ses initiatives s’avérant positif, le Québec continuera de travailler de concert avec le Canada pour faire avancer cet important dossier. Il profitera également de toutes les occasions, en 2015, pour marquer le 10e anniversaire de la Convention. Je vous invite, mes chers amis, à faire de même dans vos milieux respectifs, car la Convention est un outil précieux permettant aux Québécois de préserver leur culture, sous toutes formes, d’exprimer leur spécificité sur la scène internationale et de l’enrichir au contact des autres cultures.

Enfin, nous devons faire valoir nos intérêts. Le leadership du Québec lors des négociations de l’Accord Économique et Commercial global avec l’Union Européenne n’est plus à démontrer.

Nos succès ici sont liés à nos succès hors frontières. Et la tendance ira en croissant. Les relations internationales, on le voit, irriguent toutes les dimensions de notre développement. Elles nourrissent nos grands projets.

La question, en somme, n’est plus de savoir SI nous devons faire des relations internationales. La question, essentielle, c’est de déterminer COMMENT nous allons les faire.

La question, c’est de savoir comment nous allons allouer efficacement les ressources que nous consacrons aux relations internationales. La réponse, j’en suis persuadée, il faut la chercher du côté de la cohérence, de la synergie.

Une activité économique peut avoir une dimension politique et, vice-versa. Une tournée d’artistes ne relève pas du seul bilan économique, mais aussi de l’image du Québec. Chacun des secteurs vient et doit venir en appui aux autres lorsque nous agissons sur la scène internationale. Le ministère doit jouer ce rôle de catalyseur et de coordonnateur de ces actions et en retirer le maximum de profit pour le Québec.

Le redressement des finances publiques et la nécessaire efficacité de notre action à l’étranger nous commandent d’aborder notre action internationale de manière globale. Le ministère et ses représentations doivent jouer un rôle clé dans cette équation. Là est notre pertinence.

Il nous faut déterminer de quelle façon les opérations des uns peuvent servir les missions des autres; comment l’action de chacun peut-elle servir l’intérêt commun?

Ce chantier, nous l’avons entrepris avec la Commission de révision des programmes. Dans le cadre de ses activités, je copréside avec mon collègue de l'Économie, de l'Innovation et des Exportations une Table interministérielle de l’action internationale.

Avec nos collègues des autres ministères, nous effectuons une revue de toutes nos actions et nous analysons la meilleure façon de mieux coordonner nos efforts et de les intégrer s’il le faut. Surtout, surtout, il faut éviter de nous disperser et de travailler en solo.

Mais, comme ministre des Relations internationales, je veux que cette synergie de l’action internationale s’étende à toute la société.

Il m’apparaît évident que nos succès et notre prospérité dépendent du talent collectif que nous aurons dans cette tâche de faire converger nos efforts sur la scène du monde.

Nous avions l’habitude d’aller en rangs dispersés, dans le seul contexte de nos affaires. Il est hautement souhaitable que chacun des acteurs de nos relations internationales inscrive son action dans une perspective plus concertée.

Le ministère des Relations internationales coordonne et dirige la diplomatie québécoise. Et cette diplomatie est au service des objectifs du gouvernement et de chacun des ministères.

Mais elle est, ultimement, au service des Québécois.

Mettre en lien le Québec des affaires, de la culture, de la solidarité, du savoir et de la société civile avec le monde, tirer tout le potentiel de leurs synergies sur les grandes places du monde. C’est là le rôle que doit jouer le ministère des Relations internationales et de la Francophonie.

Ce rôle, j’en ferai une obsession.

Vous l’aurez compris, les défis actuels du Québec exigent une diplomatie qui accorde beaucoup d’importance à l’économie.

Mais du même souffle, elle est aussi l’expression politique légitime de la nation québécoise à l’étranger. Comme le répétait M. Jean Charest : « Ce qui est de compétence chez nous est de compétence partout ». Et si elle doit aussi contribuer à sa prospérité, elle doit aussi faire la promotion de son identité.

De tout temps, l’action du Ministère des Relations internationales et de la Francophonie va bien au-delà du réseau des représentations et bureaux du Québec à l’étranger. Un réseau dont le 75e anniversaire de la Délégation générale du Québec à New York, l’an prochain, met en relief l’ancrage historique.

Ici, le ministère jouit d’une équipe de professionnels de haut niveau.

En guise d’exemple, le bilan de notre action va bien au-delà des 2 200 entreprises accompagnées et des quelque 1000 décideurs du monde des affaires rencontrés l’an dernier par ce réseau. Le travail réalisé pour faire connaître notre génie créatif en guidant plus de 2 000 artistes sur les scènes étrangères est inlassable. Sans compter les milliers d’activités qui ont fait connaître l’offre de nos cégeps et universités, ou qui ont attiré étudiants, investisseurs, immigrants et touristes.

Notre bilan s’inscrit au-delà des 5,000 jeunes qui vivent annuellement des expériences de travail et de solidarité dans 90 pays.

Notre bilan va au-delà des missions ministérielles pilotées et des centaines de représentants commerciaux et institutionnels qui bénéficient d’une présence politique en Afrique, en Europe, aux États-Unis, en Chine, au Japon et au Mexique comme au sein de l'Organisation internationale de la Francophonie et de l'UNESCO.

Il suffit de regarder autour de nous ce midi pour constater que nous sommes tous autant d’agents actifs de la diplomatie du Québec, et j’inclus ici les fonctionnaires du ministère qui font un travail remarquable. Les visages du Québec à l’étranger sont multiples et aujourd’hui plus que jamais la société civile, le monde universitaire, les municipalités souhaitent conquérir le monde. Le Québec est présent dans de multiples réseaux et son influence peut et doit se faire entendre.

Le progrès réalisé par le Gouvernement du Québec sur la scène internationale depuis les 50 dernières années est impressionnant. Imaginez les 50 prochaines années si nous travaillons davantage ensemble.

2017 marquera le 50e anniversaire du ministère des Relations internationales. Il s’agit là d’une occasion de poser les fondations du prochain demi-siècle de notre présence dans le monde. Il s’agit là d’une occasion de doter le Québec d’une diplomatie modernisée, qui prenne en compte l’évolution technique du monde et ses multiples effets, tant sociaux, politiques, culturels qu’économiques.

Mon projet implique une nouvelle vision de la diplomatie québécoise.

Une diplomatie nouvelle que je ne brosserai ici qu’à grands traits, car c’est avec vous, avec mes partenaires, dans un esprit de collaboration, que je souhaite la définir.

Les relations entre États et le système westphalien restent au cœur des relations internationales. Mais l’évolution, la diversification exponentielle des moyens de communication ont décentralisé le pouvoir et donné aux opinions publiques et à des millions de groupes d’intérêt un pouvoir accru.

Pour promouvoir ses intérêts à l’étranger, il faut désormais influencer de nombreux acteurs. Et dans cette tâche, la diplomatie publique, c’est-à-dire la capacité d’influer sur les perceptions et sur l’opinion, dans les territoires et marchés que l’on veut cibler, est un levier important.

La diplomatie publique est un outil puissant dans toutes ses déclinaisons, qu’il s’agisse de diplomatie économique, culturelle, humanitaire, scientifique, numérique. Elle a pour objet la création d’une image forte et cohérente, ancrée dans ce que nous sommes. Avec, pour finalité, des retombées concrètes.

J’entends engager le ministère des Relations internationales dans la diplomatie publique, et j’entends en faire un outil de développement.

Prenant appui sur la diplomatie publique, je veux promouvoir le Québec, ses expertises, ses exportations, sa culture et son identité.

Je veux des retombées qui se calculent en investissements et en emplois.

Je veux voir nos entreprises s’ouvrir à de nouveaux marchés et prospérer.

Je veux contribuer à hausser la compétitivité du Québec sur les marchés prioritaires.

Je veux admirer nos artistes sur les plus grandes scènes.

Je veux que nos scientifiques soient reconnus, que le Québec se positionne là où il excelle, et que nos découvertes se traduisent en succès commerciaux.

Je veux voir le Québec investir le web et y exprimer sa créativité, son audace, son leadership et, bien sûr, son identité.

Je veux, que le Plan Nord et la Stratégie maritime soient sur toutes les lèvres. Qu’ils soient vus comme les plus grands projets de développement durable et responsable au monde.

Je veux que la main-d’œuvre qualifiée se bouscule à nos portes.

Je veux défendre nos intérêts pour tirer le meilleur parti des négociations internationales.

Je veux un Québec qui s’exprime d’une voix forte et progressiste. Une voix qu’on entend dans les débats sur les enjeux globaux. Une voix qui défend la cause des femmes, la diversité sexuelle et qui s’investit dans la lutte aux changements climatiques, sans doute le défi du siècle.

Je veux un Québec qui partage avec les plus démunis, qui accompagne les plus faibles.

J’ai, vous l’aurez compris, de grandes ambitions pour le Québec. Et, je sais que vous les partagez aussi.

C’est pourquoi nous travaillerons à une nouvelle stratégie de présence du Québec à l’étranger qui fera une plus grande place à la diplomatie publique. J’ai, en fait, l’intention de déposer une nouvelle Politique internationale du Québec pour l’anniversaire du ministère en 2017.

Je pense sincèrement qu’il y a dans cette réorganisation de l’action internationale du Québec, dans cette conception partagée de notre responsabilité commune, un projet tourné vers l’avenir, concret et résolument moderne.

La seule condition de nos succès internationaux, j’en suis convaincue, dépendra de notre capacité à travailler ensemble.

Les prochaines missions ministérielles de l’automne sont particulièrement indicatives à ce sujet. Le premier ministre se rendra en Chine dans le cadre d’une mission internationale du Conseil de la fédération. 140 représentants d’entreprises québécoises et des milieux de l’enseignement, de la recherche et de la culture l’accompagneront à cette occasion. Il en va de même de la mission en Islande dans le cadre de l’Article Circle où des représentants et chefs autochtones comme des scientifiques participeront, avec nous, à cet important forum sur le développement nordique durable. Voilà des exemples concrets de missions représentant un travail de coordination de nos forces et talents avec une haute valeur ajoutée.

Le prochain Sommet de la Francophonie incarne pour moi cette nouvelle dynamique et cette nouvelle nécessité d’utiliser les différents acteurs et enjeux comme effet de levier. Le XVe sommet de la Francophonie aura pour thème : « Femmes et Jeunes en Francophonie : vecteurs de paix, acteurs de développement » et comportera cette année une première résolution pour la création d’une stratégie économique pour l’espace francophone.

Soyons, ensemble, les artisans d’une présence québécoise, qui soit à la fois stratégique et ambitieuse. Soyons, ensemble, les artisans d’une diplomatie publique à notre image, qui se déploie au bénéfice de tous les Québécois.

Il y aura cinquante ans, alors qu’il complétait la construction de l’État, le gouvernement prenait conscience du caractère essentiel de ses relations internationales.

Une prise de conscience formulée par le ministre de l’Éducation d’alors, M. Paul Gérin-Lajoie.

M. Gérin-Lajoie déclarait, lors du 50e anniversaire de la Délégation du Québec à Paris, qu’il est plus vital que jamais pour le Québec de parler en son nom propre, qu’il est plus vital que jamais pour le Québec de se représenter dans les domaines qui relèvent de ses compétences. Il allait plus loin en mentionnant que nous avions un triple devoir en matière de relations internationales. Un devoir de mémoire, de reconnaissance et de persistance.

Parce que le Québec est, à maints égards, unique. Parce que sa démographie en Amérique exige qu’il en fasse davantage. Et parce que s’il n’y veille pas, personne d’autre ne fera la promotion de son identité.

Pour M. Gérin-Lajoie, Le Québec doit se représenter de manière inventive. C’est ce que le ministère fait depuis ses débuts. Et c’est ce qu’il entend faire aujourd’hui en déployant une stratégie de diplomatie publique créative et efficace.

Nous avons une obligation de réussite. La croissance de nos entreprises, le succès de nos créateurs, les avancées de nos chercheurs, la prospérité de nos régions dépendront toujours plus de notre capacité à nous démarquer, à inspirer, à être attrayants aux yeux des citoyens du monde entier.

Je compte sur vous toutes et vous tous pour le dire haut et fort : une diplomatie agile et distinctive, une diplomatie cohérente et coordonnée, et une diplomatie publique qui nous met tous à contribution sont une clé de notre prospérité.

Enfin, à la veille de cet important sommet de Dakar, je ne peux donc raisonnablement que vous laisser sur un proverbe africain :

« Seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin. »

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