Allocution de la ministre des Relations internationales et de la Francophonie, madame Christine St-Pierre

À l'occasion de l’activité table ronde « Femmes francophones : actrices de développement »

Dans le cadre du XVe Sommet de la Francophonie

Dakar, Sénégal, le 27 novembre 2014

Monsieur le Représentant du HCDH-BRAO (Andréa Ori),
Madame la Ministre,
Madame la Représentante du HCDH (Elene Tine),
Madame la Présidente du Conseil économique, social et environnemental (Aminata Tall),
Madame la Présidente du Réseau des femmes rurales – ONU femmes (Tine Ndiaye),
Madame la Représentante du CA de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (Fatimata Sy),
Madame la Présidente du Groupe d’Initiatives Femmes (Abibatou Ndiaye),
Distingués invités, chers amis,

Je vous souhaite la bienvenue à cette table ronde qui se tient en marge du XVe Sommet de la Francophonie.

J’ai bien hâte de vous entendre sur ce thème de « Femmes francophones : Actrices de développement ».

C’est, en effet, une question qui me tient à cœur, ayant été, au Québec, ministre responsable de la Condition féminine.

Aussi, je salue la décision des autorités sénégalaises de mettre en valeur, dans le cadre de ce Sommet, ce thème essentiel.

Le gouvernement du Québec accorde une grande importance à la condition des femmes, à la fois au Québec et à l’étranger.

Nous en avons fait une priorité de nos politiques. Nous avons d’ailleurs adopté une politique gouvernementale sur l’égalité entre les femmes et les hommes, pour que l’égalité de droit devienne l’égalité de fait, et des plans d’action dotés des sommes nécessaires pour la réalisation des mesures contribuant à la promotion de l’égalité.

Nous en avons fait une priorité de notre solidarité internationale. Et nous en faisons une promotion dans ce bel espace de solidarité qu’est la Francophonie.

Il est reconnu, en effet, que réduire les inégalités de genre est un des moyens les plus efficaces de lutter contre la pauvreté et de contribuer à un développement durable et équitable, facteur de progrès, de paix et de démocratie.

Toutefois, l’égalité des femmes et des hommes reste un concept théorique et ne s’incarne dans la réalité que lorsque les femmes accèdent à l’autonomie économique.

Et cette autonomie des femmes passe par l’accès à l’éducation. Il s’agit là d’un passage obligé, d’une condition nécessaire, encore que non suffisante.

Je salue, au passage, le courage et la détermination de Malala Yousafzai, prix Nobel de la Paix, pour son combat pour l'accès à l'éducation pour les filles.

Au Québec, quelque 60 % des diplômes universitaires sont désormais décernés à des femmes. Celles-ci représentent la moitié de la population active. Et leur salaire horaire équivaut à près de 90 % de celui des hommes.

Les avancées progressives du Québec s’expliquent par la continuité de la mobilisation gouvernementale et sociétale depuis plusieurs décennies.

Il reste, néanmoins, encore bien des défis à relever. Ne serait-ce que parce que certaines avancées institutionnelles et juridiques demeurent encore à se traduire dans la réalité.

L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) n’a pas ménagé les efforts depuis la Déclaration de Luxembourg, en 2000, réitérée à Beijing+10. Et c’est à l’initiative du secrétaire général Abdou Diouf qu’a été créé le Réseau francophone pour l’égalité femme-homme (RF-EFH), dont Mme Ndioro Ndiaye en est la présidente.

Un accord cadre entre ONU-Femmes et l’OIF renforce les initiatives de lutte contre les violences, de participation à la prise de décision politique et d’égalité devant la loi.

Ici, en prévision du Sommet de la Francophonie de Dakar qui débutera samedi, le gouvernement du Québec s’est concentré sur quatre enjeux principaux.

La violence, d’abord.

Le Québec a été un acteur de la Déclaration francophone sur les violences faites aux femmes et du Plan d’action francophone sur les violences faites aux femmes et aux filles. Ce dernier, à l’initiative du Québec, a instauré le principe de la « tolérance zéro ».

Au Québec, la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, qui s’est tenue avant-hier, donnait l’envoi aux 12 jours d’action pour l’élimination des violences envers les femmes, qui se terminera le 6 décembre prochain, jour anniversaire du drame de Polytechnique. Il y a 25 ans, un homme a abattu 14 jeunes femmes, parce qu’elles étaient femmes. Nous croyions être à l’abri de la folie, nous ne l’étions pas et nous sommes devenues vigilantes.

On a d’ailleurs senti récemment, un peu partout dans le monde, un ras-le-bol contre cette violence faite aux femmes.

L’autonomisation économique est un deuxième enjeu.

Le Québec a été associé à la préparation du Sommet et a insisté pour que la Stratégie économique pour la Francophonie fasse une priorité de l’autonomie économique des femmes, fondement indispensable à l’égalité entre les femmes et les hommes.

Notre troisième objectif est un accès égalitaire aux leviers de pouvoir.

La représentation paritaire des femmes au sein des paliers de décision politiques est un chantier essentiel. Je souligne qu’au Québec, en dépit de leur présence importante sur le marché du travail et de leur scolarisation, les femmes sont encore sous-représentées à la barre des entreprises et des institutions démocratiques et sont encore peu présentes dans les postes de pouvoir. Il existe encore telle chose qu’un « plafond de verre » : un pouvoir en apparence accessible, mais qui échappe aux femmes, le plus souvent.

En janvier de cette année, l’Assemblée nationale du Québec accueillait un Séminaire interparlementaire en vue du 20e anniversaire de la Déclaration de Beijing où des femmes parlementaires de l’espace francophone, mais également du Commonwealth et des Amériques, convenaient d’une Déclaration demandant aux gouvernements de mettre en œuvre des mécanismes encourageant la présence des femmes au sein des diverses instances décisionnelles politiques et économiques afin d’arriver, à court terme, à une parité. Pour atteindre ce but, les femmes parlementaires proposent l’étude des systèmes électoraux, ainsi que des structures des partis politiques et des organes législatifs, afin d’apporter les corrections nécessaires pour renforcer la présence des femmes en politique, et ce, à tous les niveaux. Le gouvernement du Québec a porté cette volonté au sein des Instances de la Francophonie et se réjouit de l’accueil que lui ont accordé les autorités sénégalaises.

Enfin, le Québec favorise l’inscription d’un Objectif du développement durable visant l’égalité des genres dans le Programme de développement des Nations Unies pour l’après 2015. Si cette inscription apparait sur la bonne voie, un défi pour nous tous sera d’en assurer la pleine mise en œuvre.

Parce qu’il est essentiel d’intégrer les femmes au développement politique, économique et social de l'espace francophone, le gouvernement du Québec a fait de l’égalité femme-homme une priorité politique en Francophonie.

Aussi, s’agit-il d’un thème transversal intégré dans toutes nos actions de solidarité internationale. D’ailleurs, j’ai eu le plaisir plus tôt de rencontrer plusieurs partenaires québécois et sénégalais du ministère des Relations internationales et de la Francophonie, ainsi que cinq Sénégalaises qui ont réalisé un stage au Québec grâce à notre programme Québec sans frontières. Ces femmes et ces hommes sont engagés dans la promotion de la femme comme actrices de développement et contribuent de façon remarquable au développement de leur communauté.

Aussi, je nous souhaite aujourd’hui – mais de cela je suis persuadée – des débats et des échanges fructueux.

Nous avons besoin les unes des autres, au-delà des continents, pour que se réalise un jour une véritable égalité, au bénéfice à la fois des femmes et des hommes.

Je vous remercie de votre attention.

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