Allocution de la ministre des Relations internationales et de la Francophonie, madame Christine St-Pierre

En introduction au déjeuner-débat sur les femmes en francophonie : actrices du développement économique

Québec, le 19 mars 2015

Mesdames et messieurs les Consuls généraux et Délégués,

Monsieur le Délégué de la Wallonie-Bruxelles et Président du Groupe des consulats, de la Délégation de la Wallonie-Bruxelles et des institutions de la Francophonie au Québec,

Madame la Directrice de l’Institut de la Francophonie pour le développement durable,

Monsieur le Président de la SORIQ,

Chères conférencières,

Chers amis de la Francophonie,

C’est un réel plaisir de vous adresser la parole alors que nous nous apprêtons à célébrer la Journée internationale de la Francophonie. Le déjeuner débat d’aujourd’hui porte sur un enjeu crucial pour l’avenir de la Francophonie, soit le rôle des femmes comme actrices d’un développement économique durable.

La Francophonie politique et de la coopération s’étant affirmées sur la scène internationale, la Francophonie économique représente le prochain défi que les États et gouvernements membres de la Francophonie doivent maintenant relever pour permettre l’établissement d’une prospérité durable dans l’espace francophone.

Pour ce faire, la contribution pleine et entière des femmes constitue une assise incontournable.

Le Gouvernement du Québec accorde une très grande importance à la condition des femmes, à la fois au Québec et à l’étranger. Nous en avons fait une priorité de longue date de nos politiques et de nos programmes.

Au Québec, nous avons ainsi adopté la politique gouvernementale
« Pour que l’égalité de droit devienne l’égalité de fait », et des plans d’action contribuant à la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes. Il faut se réjouir que quelque 60 % des diplômes universitaires au Québec soient désormais décernés à des femmes et que le salaire horaire des femmes québécoises équivaille maintenant à près de 90 % de celui des hommes. Ces avancées progressives s’expliquent par la mobilisation gouvernementale et sociétale depuis plusieurs décennies. Cette mobilisation doit se maintenir alors que les femmes restent sous-représentées à la barre des entreprises et dans les postes de pouvoir.

Sur la scène internationale, le Gouvernement du Québec a aussi fait de l’égalité entre les femmes et les hommes une priorité de nos interventions au sein des instances multilatérales auxquelles nous participons. C’est particulièrement le cas en Francophonie où le Gouvernement du Québec, en tant que membre de plein droit de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), promeut les initiatives en faveur des femmes. C’est également vrai dans nos actions menées en solidarité internationale notamment dans le cadre du Programme québécois de développement international.

Le XVe Sommet de la Francophonie qui a eu lieu à Dakar, en novembre 2014, a représenté un moment fort pour la cause des femmes dans l’espace francophone. C’était la première fois que les chefs d’État et de gouvernement échangeaient sur un thème portant largement sur les femmes.

Ce sommet s’est d’ailleurs conclu sur le choix d’une femme au poste de secrétaire générale lançant un signal très fort et une affirmation renouvelée de la Francophonie en faveur des femmes. Ce sommet a notamment permis l’adoption d’engagements qui favoriseront, je le crois fermement, l’atteinte de l’égalité. Je pense notamment à la Déclaration de Dakar, au nouveau Cadre stratégique de la Francophonie et à la programmation de l’OIF qui renforceront les interventions de la coopération francophone en cette matière.

Une de nos invitées d’aujourd’hui, Mme Ndioro Ndiaye, a joué un rôle de premier plan pour promouvoir cet enjeu lors du Sommet. Le Réseau francophone pour l’égalité femme-homme est devenu, sous son impulsion, un instrument de mobilisation des organisations de la société civile. Nous sommes d’ailleurs très fiers que l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) appuie le Réseau dans sa démarche.

Lors du Sommet de Dakar, une Stratégie économique pour la Francophonie a également été adoptée. Cette volonté de renforcer les liens économiques représente une occasion que nous devons saisir pour accroître la prospérité de l’espace francophone. Le déploiement avec succès de cette stratégie ne peut être accompli que si les femmes, qui composent la moitié de la population, lui sont associées pleinement et de façon égalitaire. Je parle ici de femmes jouant un rôle dans toutes les sphères de la société que ce soit, dans les secteurs publics ou privés, au sein de la société civile, dans le domaine de l’éducation ou encore dans les médias. Le choix des conférencières ici présentes illustre la diversité de ces actions dans l’atteinte d’un objectif commun.

Le Québec a insisté pour que la nouvelle Stratégie économique pour la Francophonie fasse une priorité de l’autonomie économique des femmes, fondement indispensable à l’égalité entre les sexes. Le texte de stratégie finalement convenu par les chefs d’État et de gouvernement a répondu à plusieurs de nos attentes et confirme le rôle des femmes comme créatrices de richesses.

Dans ce domaine, le Gouvernement du Québec poursuit des mesures en faveur de l’autonomisation des femmes. Les Québécoises peuvent notamment compter sur le réseau Femmessor qui offre des services pour encourager les femmes à se lancer en affaires et à créer des emplois. Le gouvernement fait également la promotion de la diversification des choix scolaires, pour encourager les jeunes filles et femmes à opter pour des métiers traditionnellement masculins, généralement mieux rémunérés. Le Québec s’est également doté d’une loi sur l’équité salariale qui a permis une diminution considérable de l’écart de salaire entre les femmes et les hommes. Ce sont ces expériences que nous souhaitons mettre en valeur et partager avec les autres pays membres de la Francophonie.

Dans les pays du Sud, les obstacles à l’autonomisation sont encore trop nombreux. Pour favoriser la pleine contribution des femmes au développement économique, il nous faudra faciliter le dialogue entre les femmes de toute la Francophonie notamment pour encourager le partage des meilleures pratiques et l’émulation positive.

Il nous faut aussi trouver des moyens pour impliquer les hommes dans cette quête de l’autonomisation économique des femmes. Accroître la richesse des femmes permet d’accroître la richesse de la société dans son ensemble. Tous en ressortent gagnants. En associant les hommes aux démarches d’autonomisation économiques des femmes, nous en accélérerons la mise en œuvre et en favoriserons le succès.

Il nous faut également trouver des moyens pour quantifier et reconnaître les contributions déjà importantes des femmes aux économies nationales, surtout lorsque ces contributions prennent des formes qui ne sont pas financiarisées. C’est le cas des travaux dans les champs ou des soins aux proches. Dans trop de pays, des femmes travaillent de l’aube au crépuscule, mais n’obtiennent ni rétribution salariale ni couverture sociale. La vulnérabilité de ces femmes est indéniable. Il faudra aussi, et c’est une évidence, poursuivre nos actions pour que toutes les femmes de la Francophonie puissent jouir des mêmes protections et des mêmes droits dont jouissent les hommes.

Il convient de s’inspirer d’initiatives novatrices à l’exemple de l’Association Réseau Normalisation Francophonie qui veut rendre compétitif l’entrepreneuriat féminin en s’appuyant sur les normes comme outil de développement économique durable en considérant les réalités des pays du Sud et du Nord.

Le thème retenu lors du Sommet de Dakar était d’autant plus pertinent que l’année 2015 est charnière dans la mobilisation en faveur des femmes. Elle représente le 20e anniversaire de la Conférence de Beijing et de son programme d’action. Elle sera aussi l’occasion de l’adoption des Objectifs du développement durable inscrits au Programme de développement des Nations Unies pour la période après-2015. Le Québec est intervenu pour que l’on adopte un ODD portant sur l’égalité entre les femmes et les hommes. La 59e session de la Commission de la condition de la femme des Nations Unies qui s’est ouverte le 9 mars dernier, et à laquelle participait ma collègue et ministre de la Justice et ministre responsable de la condition féminine, Mme Stéphanie Vallée, nous montre que nous sommes sur la bonne voie. Rappelons enfin qu’en janvier 2014, l’Assemblée nationale du Québec accueillait un Séminaire interparlementaire où des femmes parlementaires de partout dans le monde ont convenu d’une déclaration demandant notamment la mise en œuvre de mécanismes encourageant la présence des femmes au sein des lieux de décisions politiques et économiques.

En terminant, il ne faut pas oublier que pour de trop nombreuses femmes, dans les pays affectés par la guerre et l’insécurité, la principale priorité demeure celle de la survie, la leur et celle de leur famille. Il s’agit souvent d’une lutte quotidienne contre la faim et les violences. Nous devons garder confiance que si nous permettons à plus de femmes d’atteindre l’indépendance économique, cela aura des répercussions positives pour l’ensemble des femmes de la Francophonie. Je suis donc particulièrement heureuse que la table ronde d’aujourd’hui puisse aborder le rôle des femmes comme actrices du développement économique. Vos propos et vos idées pourront nous inspirer dans la mise en œuvre de la Stratégie économique pour la Francophonie vers une égalité de fait entre les femmes et les hommes de notre espace.

Je vous remercie.

 

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