Allocution de la ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Mme Christine St-Pierre

À l’occasion de l'ouverture de la Conférence « Internet et la radicalisation des jeunes : prévenir, agir et vivre ensemble »

Québec, Centre des congrès de Québec, 31 octobre 2016

La version prononcée fait foi

Monsieur le représentant du Secrétaire général des Nations Unies,

Madame la Directrice générale de l’UNESCO,

Monsieur le Maire de Québec,

Mesdames et messieurs les ministres et parlementaires,

Mesdames et messieurs les représentants du corps diplomatique et consulaire,

Mesdames, messieurs,

Nous vivons à une époque de grands paradoxes.

Plus que jamais dans l’histoire, grâce au formidable développement des moyens technologiques, nos sociétés sont interconnectées. Chaque jour, des quantités incroyables de données et d’informations circulent de par le monde, contribuant sans relâche au développement économique, culturel et scientifique de nos sociétés.

Chaque jour aussi, des citoyens de partout sur la planète, grâce à internet, s’affranchissent de la distance pour échanger ensemble, se mobiliser autour de causes ou tout simplement se divertir.

Ces moyens de communication favorisent au quotidien l’ouverture d’esprit et le dialogue des cultures. Ils contribuent aussi au développement économique et démocratique de nos sociétés, favorisant par le fait même la construction de la paix à laquelle nous aspirons tous.

Je vous disais que nous vivions dans une époque de paradoxe, c’est vrai, car ces outils, aussi formidables soient-ils, ont également démontré qu’ils pouvaient porter leur lot de risque. Déviés de leurs fins, mis aux services d’idéologies d’un autre temps et d’aspirations criminelles, ils peuvent s’avérer de dangereux instruments incitant à la violence et la haine.

Notre jeunesse, plus que jamais connectée, est la première mise en danger par ces préoccupants phénomènes de radicalisation.

Et les évènements récents nous démontrent qu’aucun pays, aucune couche de la société ne sont à l’abri.

Le 20 octobre 2014, à Saint-Jean sur le Richelieu au Québec, un jeune québécois que rien ne prédisposait à un tel destin, transformait une automobile en arme de combat, commettant un ignoble attentat contre des membres des forces armées canadiennes.

Ce triste 20 octobre, les Québécois et les Québécoises prenaient douloureusement conscience que leur société, qui a toujours reposée sur des valeurs de dialogue, d’ouverture et de tolérance, ne serait, elle non plus, pas épargnée par la violence.

Ce terrible constat, il s’est plus tard confirmé au Mali, en Indonésie et au Burkina Faso, trois lieux où des concitoyens se sont retrouvés bien malgré eux au cœur de l’horreur, victimes d’actes terroristes insensés et d’une barbarie sans nom.

Cette réalité, le peuple québécois, n’a pas été le seul à y être confronté au cours des dernières années.

Paris, Beyrouth, Niamey, Bruxelles, Nice, Oslo, Alep et bien d’autres. Ces grandes métropoles, carrefours de civilisations qui se sont érigées sur la capacité des peuples à se côtoyer et mutuellement s’enrichir, ces symboles phares du vivre ensemble, ont eux aussi été durement touchés par l’impensable.

Face à un tel déchainement de violence et la douleur qu’elle suscite, il serait facile de succomber aux tentations du repli sur soi.

Ce serait une grave erreur.

Une erreur, car nous irions à l’encontre de cette tendance de l’histoire qui a toujours poussé les peuples à aller par-delà leurs différences pour se métisser et s’enrichir les uns les autres.

Une erreur aussi, car ce serait céder aux discours qui visent à propager la peur et à nous diviser.

Cette erreur nous sommes résolus à ne pas la commettre. Et pour nous préserver de ces dérives, le monde dispose de précieuses balises, des repères, que sont les valeurs universelles promues par les Nations Unies.

Convaincue que c’est par le dialogue entre les civilisations, les cultures et les peuples, que le monde pouvait réaliser un développement durable intégrant le respect des droits de l’homme, le respect mutuel et la réduction de la pauvreté, l’UNESCO œuvre depuis maintenant plus de 70 ans à la construction de la paix dans l’esprit des femmes et des hommes.

Sous votre gouverne, chère Irina, cette organisation a su, pour relever cet ambitieux défi, s’adapter à un monde en perpétuel renouvellement.

Le Québec qui grâce à un partenariat inédit avec le Gouvernement du Canada peut désormais faire valoir ses spécificités au sein de l’UNESCO vous est reconnaissant du travail de grande qualité que vous menez.

Cette relation spéciale qui nous unit, elle repose sur de grands fondamentaux : l’éducation, la culture, les sciences naturelles et, plus récemment, la lutte contre la radicalisation menant à la violence.

En 2015, l’UNESCO était une des premières organisations internationales à se saisir de ce phénomène. Au même moment, le gouvernement du Québec proposait à la population québécoise un plan d’action concret et innovant afin de prévenir la radicalisation.

Nous allions alors dans le même sens, nous visions les mêmes objectifs : offrir à notre jeunesse des contre-discours permettant de la dévier de la radicalisation menant à la violence.

En juin de la même année, l’UNESCO tenait en son siège une première conférence internationale sur la prévention de la radicalisation, accordant une place particulière au rôle d’internet dans ce processus.

Par-delà les échanges de bonnes pratiques et la mise en commun de savoir qu’elle a permis, cette initiative, saluée par le Secrétaire général des Nations Unies, a permis d’établir des retombées concrètes.

Parmi ces retombées un programme innovant et audacieux des Nations Unies qui, à travers une coopération multisectorielle, aspire à prévenir l’extrémisme violent dans un certain nombre de pays à risque. Nous l’annoncions ensemble il y a quelques minutes, Madame la Directrice générale, le gouvernement du Québec sera fier de contribuer à sa mise en œuvre en fournissant à l’UNESCO et au Centre des Nations Unies pour la lutte contre le terrorisme le meilleur de l’expertise développée ici en matière de lutte contre la radicalisation menant à la violence.

Nous le savons, la diffusion de l’extrémisme violent ne connait plus de frontières. Le Québec est convaincu qu’une lutte efficace contre ces phénomènes ne peut se faire sans une étroite coopération au sein de la communauté scientifique qui approfondit les connaissances sur ce sujet afin d’apporter des solutions innovantes.

Conscient de l’importance de favoriser ces échanges, le Québec est donc fier de soutenir le projet de l’Université de Sherbrooke visant à établir une Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent.

Ces entreprises nouvelles s’ajoutent à d’autres démarches déjà initiées plaçant le Québec en chef de file sur ces questions.

Déjà, plusieurs de nos interlocuteurs internationaux ont souhaité s’inspirer de notre Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, basé à Montréal, qui adopte une approche de prévention et d’accompagnement, plutôt que de répression et de stigmatisation.

Notre École nationale de police a été désignée pour coordonner la production d’un guide pratique de lutte à la radicalisation menant à la violence à l’intention des corps policiers de la Francophonie réunis au sein du réseau Francopol.

Aussi, le 20 octobre dernier, l’Assemblée nationale du Québec votait à l’unanimité, une motion instaurant la « Journée du vivre-ensemble », qui sera désormais soulignée chaque année, le 15 janvier. Nous appelons nos partenaires internationaux à relayer notre initiative et à créer, chez eux, des journées sœurs à la journée québécoise.

Et nous ne nous arrêterons pas là.

Lors du prochain Sommet de la Francophonie de Madagascar, le Québec portera, aux côtés d’autres États membres de l’OIF, une résolution importante portant expressément sur la lutte contre la radicalisation au sein de l’espace francophone, zone durement touchée par ces phénomènes au cours des dernières années.

Le philosophe Alexis de Toqueville disait « il y a plus de lumière et de sagesse dans beaucoup d’hommes – et je dirais de femmes - réunis que dans un seul. »

Je ne saurais vous dire l’honneur que le Québec a de vous accueillir, vous qui venez de plus de 70 pays pour identifier des solutions globales et durables à ce défi d’une importance capitale pour la sécurité de notre monde et l’avenir de notre jeunesse.

Je suis persuadé que les travaux que nous nous apprêtons à tenir ici sauront respecter ce précepte et seront une étape importante de la réplique de la communauté internationale aux phénomènes de radicalisation menant à la violence.

Je vous souhaite d’excellents travaux.

 

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