Allocution de la ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Mme Christine St-Pierre

À l'occasion de la présentation de la nouvelle politique internationale, Le Québec dans le monde : s’investir, agir, prospérer, et du plan de renforcement du réseau des représentations du québec à l’étranger

Montréal, le 5 mai 2017

La version prononcée fait foi

Mesdames et Messieurs,

C’est avec un immense plaisir et surtout une immense fierté que je suis devant vous aujourd’hui afin de vous présenter notre nouvelle politique internationale.

Le Québec dans le monde : s’investir, agir, prospérer.

Comme vous le savez, cette politique s’inscrit dans les célébrations du 50e anniversaire du Ministère dont j’ai la responsabilité.

Revenons un peu en arrière afin de bien saisir le chemin parcouru depuis 50 ans.

Il faut reconnaître que l’année 1967, avec l’Exposition universelle, nous a littéralement ouverts sur le monde.

« En 67 tout était beau » comme l’a si bien écrit l’auteur Pierre Huet, aussi parolier de Beau Dommage.

1967 : tout bouge. Ceux et celles qui comme moi s’en souviennent se rappelleront le sentiment d’invincibilité qui nous avait envahis.

Pour ma part, je n’avais que 13 ans et je regardais les gars et les filles un peu plus âgés que moi avec envie.

Ils jouissaient d’une immense liberté.

Tout était permis. Les baby-boomers bousculaient tout. Les portes d’université s’ouvraient, la musique s’éclatait, on découvrait le monde, l’amour était libre.

Le Québec sortait littéralement de sa coquille dans un mouvement qui n’allait plus s’arrêter. Cette bougeotte fut contagieuse et l’action gouvernementale n’y a pas échappé.

Entamée quelques années plus tôt, la Révolution tranquille se poursuivait sur le plan international.

Nos relations internationales faisaient un pas de géant. Nous prenions alors conscience de la place que le Québec était en droit d’occuper dans le monde.

En 1961, Jean Lesage déclarait : « Le progrès moderne a fait disparaître les frontières et d’une certaine façon, nous ne sommes plus chez nous seulement sur les bords du Saint-Laurent. Que nous le voulions ou non, il nous faut faire face au reste de l’univers. »

Paul Gérin-Lajoie, alors vice-premier ministre, saisit la balle et en 1965 pose des balises claires : le Québec pouvait très bien signer des accords internationaux dans ses champs de compétence, ce qui, et je cite, « ne remet nullement en cause la participation du Québec à la Confédération canadienne ».

C’est un coup de génie. Une idée rassembleuse qui suscite encore aujourd’hui l’adhésion des gouvernements successifs au Québec, quelle que soit leur allégeance : ce qui est de compétence chez nous est de compétence partout.

Et deux ans plus tard, en 1967, le ministère des Relations internationales naissait. Un geste fondamental posé par le premier ministre d’alors, Daniel Johnson.

Si plusieurs doutaient de sa volonté de poursuivre la lancée de la Révolution tranquille, cet acte à la fois symbolique et porteur d’avenir eut tôt fait de faire mentir ces oiseaux de malheur.

Cette année-là, les Accords Johnson-Peyrefitte sur l’éducation, la culture et les visites diplomatiques sont signés.

Ils impulsent la création de l’Office franco-québécois pour la jeunesse.

De plus, le gouvernement français mandate le consulat général de France à Québec pour établir officiellement des relations bilatérales directes avec le Québec.

Cette relation « directe et privilégiée » avec la France sera consacrée dans les années 80, à l’époque du premier ministre Robert Bourassa. Elle a été approfondie par les gouvernements québécois et français successifs, tous partis confondus.

La centralité de cette relation a été soulignée, réaffirmée par le premier ministre Justin Trudeau lors de la visite au Québec du premier ministre français Manuel Valls en octobre dernier.

D’ailleurs, le consul général français Daniel Paul-Henry Jouanneau a déjà déclaré au sujet de cette relation avec la France : « le Québec est une chance pour le Canada ».

Et cet accent mis sur nos relations internationales depuis 50 ans nous a permis de signer plus de 750 ententes bilatérales.

Le Québec est l’État fédéré le plus présent dans le monde avec 26 représentations dans 14 pays sur 5 continents.

Nous sommes la province qui accueille sur son sol le plus grand nombre de représentations consulaires.

Les diplomates étrangers en poste au Québec, dont plusieurs sont parmi nous aujourd’hui, contribuent par leur travail quotidien à l’approfondissement de nos relations bilatérales avec leurs pays respectifs.

Nos échanges économiques représentent 237,5 milliards de dollars, soit 60,9 % de notre PIB.

Donc, qu’on le veuille ou non, les 50 dernières années ont rendu indissociables le Québec et son action internationale.

Le choix de l’ouverture au monde que nous avons fait est autant une nécessité économique pour assurer notre prospérité qu’une affirmation de notre identité et de nos valeurs.

Notre action internationale fait partie intégrante de notre histoire et de notre développement.

Nous voilà donc en 2017 avec une toute nouvelle mouture de notre politique internationale, qui entend propulser encore davantage le Québec.

Trois orientations :

  1. Rendre les Québécois et les Québécoises plus prospères.
  2. Contribuer à un monde plus durable, juste et sécuritaire.
  3. Promouvoir la créativité, la culture, le savoir et la spécificité du Québec.

Mon collègue Carlos Leitão a annoncé lors du dernier budget des investissements additionnels de 100 millions de dollars sur 5 ans.

Cet engagement reflète notre volonté d’enrichir, de consolider et de développer la place et l’influence du Québec dans le monde.

Car la prospérité du Québec passe par nos relations commerciales. La taille relativement modeste de notre marché, notre position géographique avantageuse au bord du Saint-Laurent et aux portes des États-Unis nous ont naturellement poussés vers l’extérieur.

La concurrence sur notre premier marché, les États-Unis, et le climat politique actuel qui y règne, nous incitent à accentuer nos efforts.

Depuis l’élection du président Trump, nous nous sommes mis en mode proactif :

  • nous multiplions nos missions sur le territoire américain et nous allons augmenter la cadence;
  • nos représentations sont en contact constant avec nos partenaires;
  • nous avons tenu ici même à Montréal un forum sur la relation économique Québec–États-Unis le 17 mars dernier;
  • nous avons nommé un conseiller spécial dans le dossier de l’ALENA, Raymond Bachand, ainsi qu’un négociateur pour le dossier du bois d’oeuvre, Raymond Chrétien.

Le premier ministre effectuera une mission à Washington très bientôt.

Notre nouvelle politique est un engagement solide du Québec en faveur des partenariats économiques.

Nous avons la ferme intention de défendre la pertinence de l’ALENA comme un partenariat économique étroit entre trois pays, soit le Canada, les États-Unis et le Mexique. Des millions d’emplois directs et indirects en dépendent.

Nous défendrons avec vigueur l’industrie forestière québécoise dans le dossier du bois d’oeuvre. Ce secteur économique représente 60 000 emplois au Québec; l’accès au marché américain est un facteur d’importance vitale pour son avenir.

Par ailleurs, je me réjouis de notre action concertée avec nos partenaires américains et ontariens dans le dossier des Grands Lacs et du Saint-Laurent.

La décision prise par un sous-comité du Congrès américain de maintenir l’intégralité des crédits consacrés à la Great Lakes Restoration Initiative et au Lake Champlain Basin Program pour l’année financière 2017 est de bon augure.

Ceci dit, il faudra poursuivre notre travail pour nous assurer que ces programmes essentiels pourront être préservés.

D’où la pertinence que nous disposions de forces vives accrues sur le terrain. C’est pourquoi j’annonce un ajout de 15 ressources supplémentaires sur le territoire américain en plus de celles annoncées par ma collègue Dominique Anglade.

Vingt-trois personnes s’ajouteront ainsi aux équipes déjà en place. Trente-cinq pour cent des nouveaux investissements dans notre réseau seront faits aux États-Unis.

Nous rehausserons le statut de notre bureau d’Atlanta au niveau de délégation en plus d’ouvrir une nouvelle représentation à Philadelphie. Nous renforcerons aussi nos capacités sur l’ensemble du territoire américain.

Nous travaillerons aussi en étroite collaboration avec notre partenaire mexicain dans le dossier de l’ALENA.

Le Mexique est notre troisième marché, 700 entreprises québécoises y font affaire. Un bureau sera ouvert dans l’État du Jalisco, afin d’approfondir nos liens institutionnels et commerciaux déjà importants.

Dans cette région du monde, les regards se tournent également vers Cuba, que les Québécois affectionnent particulièrement.

Nous saisissons l’occasion. Philippe Couillard y a effectué la première visite officielle d’un premier ministre et jeté les bases de nos relations diplomatiques.

Plusieurs visites et missions de part et d’autre ont suivi au cours des derniers mois.

Nous avons reçu dernièrement la confirmation des autorités cubaines que notre bureau pourra ouvrir prochainement. Des projets conjoints sont déjà en cours.

Je pense entre autres au travail qu’effectue notre Institut d’hôtellerie, à Terracam qui vient d’y ouvrir un bureau en plus d’agrandir ses installations à Sainte-Julie, aux projets de coopération pour la santé de la communauté LGBT.

L’Asie continue de connaître une forte croissance (de manière constante environ 5,5 %). Il faut être plus agiles et mieux outillés pour conquérir ce marché complexe.

Nous ajouterons du personnel afin de mieux épauler nos représentations existantes. Un renforcement de nos capacités sera effectué en Chine.

Nous avons la ferme intention de suivre de près les négociations commerciales que le Canada a ouvertes avec notre partenaire chinois et demandons à y participer.

L’exemple de la présence du Québec à la table des négociations entre le Canada et l’Union européenne a démontré l’efficacité de cette formule.

Je tiens à saluer la présence parmi nous du nouvel ambassadeur canadien en Chine, l’Honorable John McCallum.

L’actuelle Antenne du Québec à Séoul deviendra un bureau et nous souhaitons éventuellement accroître notre présence en Inde.

Enfin, nous souhaitons ouvrir des représentations nouvelles au Vietnam et à Singapour.

Du côté de l’Europe, nous suivons bien entendu de près les élections françaises dont les résultats seront connus dimanche. Il y aura des élections en Allemagne et au Royaume-Uni au cours des prochains mois. Nous continuerons à travailler de près avec l’ensemble de nos partenaires européens.

Et puis notre appartenance à l’Organisation internationale de la Francophonie nous amène à poser des gestes concrets à la suite de la nouvelle stratégie économique dévoilée en 2014 lors du Sommet de la Francophonie à Dakar. Déjà, notre représentation à Dakar en est un exemple, mais nous irons plus loin.

J’annonce que notre bureau de Dakar sera élevé au rang de délégation générale. Nous avons bénéficié d’un accueil exceptionnel de la part des autorités sénégalaises et souhaitons que Dakar constitue le point d’ancrage de la présence québécoise en Afrique.

De plus, nous ouvrirons deux autres bureaux sur le continent africain, soit en Côte d’Ivoire et au Maghreb.

Être présent sur un territoire est essentiel, mais il y a des dossiers qui commandent une action plus transversale.

Nous avons donc décidé de créer trois postes d’émissaires dans trois secteurs d’activité en lien avec nos objectifs : la mobilité, l’environnement et les enjeux nordiques et les droits humains.

Nous entendons donc nous consacrer à la mobilité des travailleurs et des étudiants de façon plus approfondie.

L’attraction d’étudiants étrangers fait partie d’une action concertée entre différents ministères, mais il faut faire plus et nous y mettrons les efforts nécessaires.

J’entends collaborer étroitement avec ma collègue Hélène David, ministre de l’Enseignement supérieur, qui présentera prochainement une nouvelle approche pour promouvoir l’offre éducative québécoise à l’étranger.

Le Québec est déjà un pôle scientifique et universitaire. Ce n’est pas pour rien que les étudiants considèrent notre métropole comme le meilleur endroit où étudier au monde.

Une donnée parle à elle seule : alors qu’il ne compte que pour 0,1 % de la population mondiale, le Québec produit 1 % des connaissances internationales. Notre rayonnement scientifique est majeur.

Le rayonnement de la production scientifique du Québec est d’ailleurs supérieur à la moyenne mondiale, toutes disciplines confondues.

Nous voulons également signer d’autres ententes de reconnaissance mutuelle des acquis. Depuis 2008, la collaboration Québec-France a permis à plus de 2 000 Québécois et Français de travailler de l’autre côté de l’Atlantique dans leurs domaines d’activité. Quatre pays sont visés : la Belgique, la Suisse, l’Italie et le Maroc.

L’émissaire que nous nommerons bientôt aura pour mandat de faire avancer ces dossiers essentiels. Il n’est pas normal par exemple qu’un ingénieur suisse ou belge ne puisse pas travailler ici parce que son diplôme n’est pas reconnu.

Par ailleurs, la lutte contre les changements climatiques et la protection de notre environnement nordique ouvrent l’occasion d’explorer une toute nouvelle diplomatie.

Le rôle que peuvent jouer les différents gouvernements infranationaux sur ces enjeux a été consacré lors de la Conférence de Paris de 2015 sur les changements climatiques.

Cette participation du Québec est aussi pleinement reconnue au sein d’organisations comme le Arctic Forum.

Nous sommes proactifs et sommes sur toutes les tribunes. Les dernières années ont mis en lumière la pertinence de l’action des différents ordres de gouvernement.

Un ou une émissaire à l’environnement et à la lutte contre les changements climatiques et aux dossiers nordiques et arctiques sera chargé de cette diplomatie devenue incontournable.

Finalement, la protection des droits humains est confrontée à d’énormes défis.

Ainsi, la radicalisation menant à la violence est un sujet qui s’impose dans notre action gouvernementale, car aucune société démocratique n’est à l’abri de tels actes.

Mme Bokova, directrice générale de l’UNESCO, a reconnu notre leadership sur cette question et je vous invite tous à adhérer à l’Appel de Québec.

Le Québec a non seulement les atouts pour se faire entendre sur des enjeux globaux, mais il possède aussi les outils et dispose des tribunes pour le faire.

Et au-delà de cette capacité d’agir s’impose un devoir moral. Celui de prendre la parole pour la promotion et la défense des valeurs qui sont les nôtres.

C’est pourquoi nous entendons jouer un rôle renforcé en matière de droits et libertés de la personne, particulièrement des personnes de toutes les orientations sexuelles ou identités de genre, et d’égalité entre les hommes et les femmes.

En solidarité internationale, nous poursuivons notre excellente collaboration avec l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI). L’action du Québec en solidarité sera ainsi soutenue par un réinvestissement conséquent dans nos programmes.

Chers amis, parler de l’action internationale du Québec sans parler de nos créateurs serait un sacrilège.

En tant qu’ancienne ministre de la Culture, j’ai été à plusieurs reprises à même de constater l’immense talent québécois.

Nos gouvernements ont toujours appuyé la création et le rayonnement international de nos artistes.

Mon collègue le ministre de la Culture, Luc Fortin, dévoilera bientôt sa nouvelle politique culturelle et bien entendu nous travaillons étroitement à l’élaboration de son volet international.

Finalement, cette nouvelle politique veut faire une place encore plus grande à la jeunesse québécoise.

Que ce soit par nos actions en mobilité, nos actions en solidarité, notre engagement dans la lutte contre les changements climatiques, nous nous devons d’ouvrir davantage les portes à la relève.

Nous nous sommes dotés d’une organisation, LOJIQ, qui fait des merveilles. Chaque année, ce sont plus de 4 000 jeunes qui effectuent des stages grâce à ce programme.

Puisque la nouvelle politique internationale du Québec doit vivre dans le temps, c’est pour cette relève que nous posons toutes ces actions concrètes.

Voilà un survol rapide de notre nouvelle politique et du plan de déploiement des moyens du Québec à l’étranger qui en découle.

Chers amis,

Le Québec se doit de défendre ses intérêts dans un monde où il n’est plus un domaine qui puisse être totalement imperméable aux aléas du contexte international.

Le Québec se doit de défendre son caractère distinct, et le prolongement de son activité sur la scène internationale rapporte à nos entreprises, nos artistes, nos chercheurs, nos jeunes.

Le Québec se doit de faire la promotion de sa langue et de ses valeurs universelles.

En conclusion, l’investissement que nous faisons aujourd’hui dans notre réseau de représentations est autant un choix économique qu’une affirmation de notre identité.

Il constitue la première ligne de défense et de promotion de nos intérêts.

Dans le contexte international actuel et en cohérence avec notre nouvelle politique internationale, c’est un choix responsable pour assurer la prospérité des Québécois.

Nous sommes aux bons endroits aux bons moments, avec le bon niveau de ressources.

Si en 67 tout était beau, en 2017 nous visons encore plus loin, encore plus haut.

Merci.

 

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